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– Vénérable Serviteur de Dieu – Joseph Castagnetti (1909 – 1965)
Vénérance : 23 mars 2026 – Le pape Léon XIV
Giuseppe Castagnetti fut un fils spirituel de Padre Pio. Il compta parmi les nombreux fidèles profondément marqués par cette amitié et par l’accompagnement spirituel reçu. Par cette rencontre, sa vie de foi, déjà vivante, s’approfondit encore davantage.
Pape Léon XIV a reconnu les vertus héroïques de Castagnetti, le déclarant ainsi « vénérable », étape importante sur le chemin de la béatification et de la canonisation.
Sa vie demeure un témoignage lumineux de la sainteté chrétienne vécue au cœur du quotidien.
Voici le texte du Dicastère pour les Causes des Saints :
Un laïc fidèle et un père de famille dévoué ; son fils : « Ce dont je me souviens le mieux de mon père, c’est de son esprit de prière, toujours discret et toujours en communion avec le Seigneur. »
- Biographie
« Cet homme modeste, sans culture, mais riche en bon sens, en honnêteté, en sensibilité et en capacités intellectuelles, prit en charge cette pauvre ville de montagne et la transforma rapidement. »
Le Vénérable Serviteur de Dieu Giuseppe Castagnetti naquit le 15 mars 1909, quatrième d’une fratrie d’au moins treize enfants, au hameau de Ringola, près de Montebaranzone, dans la commune de Prignano sulla Secchia. Son père travaillait à la laiterie locale, où Giuseppe travailla lui-même plus tard. Sa famille, profondément attachée à la tradition chrétienne, y reçut sa première éducation religieuse. Il fréquenta probablement l’école primaire du hameau de Pigneto, où sa famille avait déménagé ; ce qui est certain, c’est qu’il y termina sa scolarité primaire.
La région des Apennins était pratiquement isolée, dépourvue de routes et parfois, durant la saison des neiges, totalement inaccessible. Comparée à la ville et à la plaine qui s’industrialisait progressivement, elle prospérait grâce à une économie arriérée, entraînant un dépeuplement : nombreux furent ceux qui, durant l’enfance et l’adolescence de Giuseppe, émigrèrent d’abord vers les Amériques, puis vers les plaines environnantes. Le climat politique et social était tendu. De plus, à l’approche des élections générales de 1948, un vaste plan de déchristianisation des montagnes fut mis en œuvre, avec la diffusion d’idéologies politiques et des actions concrètes en opposition frontale aux valeurs de la foi chrétienne. C’est dans ce contexte que Giuseppe grandit et reçut son éducation au sein de l’Action catholique, qu’il rejoignit en 1935, et dont il bénéficia toujours d’une estime particulière de la part des curés de Montebaranzone. Dès l’âge de vingt ans environ, il développa une relation personnelle avec saint Pio de Pietrelcina, dont il se considéra toujours comme le fils spirituel. Il semblerait que ce soit ce qui l’ait conduit à entrer dans le Tiers-Ordre de Saint François.
En 1928, il reprit la gestion d’une ferme laitière à Sterpatelli, succédant à son frère Adolfo. Son travail était extrêmement exigeant, mais il trouvait le temps nécessaire à sa vie spirituelle. Le 11 février 1939, en l’église paroissiale de Montebaranzone, il épousa Giovannina Seghedoni, avec laquelle il eut douze enfants entre 1940 et 1958 (dont deux moururent en bas âge). Il ne participa pas directement aux événements de la Seconde Guerre mondiale : mobilisé à deux reprises entre 1940 et 1941, il fut ensuite démobilisé définitivement, étant le seul soutien de sa famille. Restant à l’écart du conflit armé, il fut témoin, dans l’après-guerre, des excès d’une guerre qui, notamment en Émilie-Romagne, prit les allures de guerre civile, engendrant de profondes divisions et un fort ressentiment au sein de la population.
Entre-temps, il racheta les parts des autres associés et devint l’unique propriétaire de la laiterie Sterpatelli, qui comprenait également un élevage porcin pour valoriser les déchets laitiers. Il aima et respecta sa femme toute sa vie. Il prit à cœur d’élever ses enfants moralement et dans la foi chrétienne, tout en subvenant à leurs besoins essentiels. Afin d’alléger le fardeau de sa femme, qui se retrouvait ainsi avec trois ou quatre enfants à la maison, il les envoya en pensionnat dès l’âge de six ans.
À la fin de la guerre, le Comité national de libération de Modène s’efforça de rétablir au plus vite les institutions démocratiques, assuma les fonctions de gouvernement civil et coordonna les administrations municipales. Lors de la séance du 11 décembre 1944, le professeur Igino Macchioni fut nommé maire de Prignano sulla Secchia. Après la Libération, il démissionna et reprit son poste de professeur à l’Université de Pise. Suite à sa nomination, le conseil municipal élut Castagnetti pour lui succéder. À ce sujet, il a été écrit :
Cet homme modeste, sans instruction mais doté d’un grand bon sens, d’honnêteté, de sensibilité et de capacités intellectuelles, prit en charge cette pauvre ville de montagne et la transforma rapidement, à tel point qu’il fut cité en exemple par toutes les autres villes qui l’enviaient.
Lors des élections municipales du 31 mars 1946, Castagnetti fut confirmé dans ses fonctions de maire. Il avait rejoint les Démocrates-chrétiens, le parti explicitement désigné par la hiérarchie ecclésiastique comme l’expression du catholicisme italien. Il mena les affaires publiques selon les valeurs morales de la société traditionnelle, promues par l’Action catholique.
La situation de la municipalité au lendemain de la guerre était catastrophique et la reconstruction devait commencer au plus vite. Il se consacra principalement à l’aide aux plus vulnérables, en renforçant l’action de l’Agence municipale d’aide sociale et la distribution de nourriture par l’ Administration des Nations Unies pour le secours et la reconstruction (UNRRA ). Il s’attela à la reconstruction des routes, à l’installation des réseaux d’eau, d’électricité et de téléphone, à la rénovation du réseau d’égouts, à la mise en œuvre d’un programme de logements sociaux, à la construction d’écoles et à l’entretien des espaces verts publics. Il ouvrit un dispensaire pédiatrique et un centre de soins où les travailleurs les plus démunis pouvaient bénéficier de consultations médicales gratuites.
Le 24 juin 1951, après un premier mandat de cinq ans, il fut reconduit dans ses fonctions de maire. Pour ses services rendus à la reconstruction, il fut fait chevalier de l’Ordre du Mérite de la République italienne le 2 juin 1954. La présence de démocrates-chrétiens plus à gauche, ainsi qu’une opposition plus virulente du Parti communiste, commençaient à se faire sentir. Néanmoins, en juin 1956, Castagnetti remporta les élections et fut reconduit dans ses fonctions.
L’âme des démocrates-chrétiens, cependant, se transformait profondément, le virage à gauche devenant de plus en plus majoritaire. C’étaient là les prémices de ce qui allait devenir, dans les années 1970, le compromis historique. Le visage originel du parti catholique, auquel Castagnetti avait pleinement adhéré, était donc en train de changer. Le profil du maire tel qu’il l’avait conçu – celui d’un bon père pour ses administrés – était devenu obsolète : il fallait désormais un homme politique professionnel, capable de projeter une certaine image, un orateur habile, cultivé et à l’aise avec les instances du parti. Il était trop étroitement lié aux démocrates-chrétiens modérés, réfractaire à tout compromis, incapable de s’adapter à la nouvelle orientation, que les autorités ecclésiastiques, de surcroît, considéraient avec suspicion. Même les instances provinciales du parti se lassaient de Castagnetti, car, pour obtenir plus rapidement l’aide nécessaire à la municipalité, il avait souvent pris l’habitude de s’adresser directement à Rome, court-circuitant ainsi la médiation des circonscriptions locales. Castagnetti fut présenté par le parti comme un candidat potentiel aux élections législatives, mais lors des élections des 8 et 9 mars 1958, il n’obtint pas le nombre de voix nécessaires pour être élu.
La situation l’amena donc à annoncer officieusement son intention de démissionner avant la fin de son mandat, dès qu’il aurait trouvé une solution lui garantissant, après son départ de la mairie, un revenu suffisant pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. Cependant, face à l’aggravation de la situation, et afin d’éviter une instabilité institutionnelle préjudiciable, il décida d’officialiser sa démission, même sans solution de rechange professionnelle ou financière. Lors de la séance du conseil municipal du 4 juin 1959, « des obligations personnelles et professionnelles imprévues » furent invoquées comme motif officiel de sa démission, qui fut immédiatement acceptée . Il demeura conseiller municipal et fut réélu au même poste lors des élections suivantes, et ce jusqu’à son décès. Toutefois, appartenant à une minorité si infime, il n’entra jamais au conseil et ne put jamais influencer d’aucune manière l’orientation opérationnelle des nouvelles administrations municipales.
Après la fin de son mandat
Avec la pension qu’il aurait perçue à l’issue de son mandat de maire, il aurait pu s’assurer une certaine stabilité financière. Il envisageait notamment de reprendre la gestion de la laiterie, pour laquelle il avait également investi, en achetant des terrains qu’il fut ensuite contraint de revendre. Par ailleurs, il est notoire qu’il avait souvent avancé des fonds propres pour des travaux publics, sans en demander le remboursement en raison du déficit budgétaire chronique. Ne pouvant plus compter sur son salaire de maire, il se mit en quête de n’importe quel emploi pour subvenir aux besoins de sa famille. Il fut embauché par le consortium intercommunal de l’aqueduc Varana-Montegibbio, d’abord comme magasinier de pièces détachées, puis comme chef de chantier. La manutention incessante de tuyaux en fer et en plomb et le travail sur les chantiers par tous les temps se révélèrent rapidement trop lourds pour cet homme de 50 ans, peu habitué à un tel rythme de vie. Il démissionna donc. Sa situation financière, comparée à celle qu’il connaissait lorsqu’il était maire, relève aujourd’hui de la pauvreté. Il a réussi à se débrouiller en faisant de petits travaux manuels. Il cultivait un potager, qu’il avait également hypothéqué.
Devenu vulnérable suite à la perte de son rôle institutionnel, il fut également la cible de mesquineries et d’actes malveillants, comme l’inondation soudaine des canalisations d’eau de son jardin ou l’empoisonnement de ses nombreux poulets. Il subit aussi une humiliation morale, notamment de la part de personnes qui cessèrent de le saluer.
Son décès soudain, le 22 juin 1965, fut probablement dû à une hémorragie interne ou à une crise cardiaque. Ses dernières paroles furent : « Je demande pardon et je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal. » Il fut inhumé aux frais de la municipalité au cimetière de Montebaranzone, dans le caveau où il repose encore aujourd’hui. Son épouse, Giovanna, fut enterrée à ses côtés le 20 février 1999.
Le 26 juin 2005, quarante ans après sa mort, le maire de Prignano sulla Secchia a inauguré un buste en bronze à sa mémoire devant la mairie.