
Jusqu’en octobre 2026, la ville espagnole accueillera des pèlerins venus du monde entier et jettera une lumière nouvelle sur la précieuse relique qui y est conservée depuis le XVe siècle.
L’une des reliques les plus précieuses de la chrétienté se trouve cette année au cœur de la vie religieuse de Valence. L’archidiocèse a ouvert en octobre 2025 sa troisième Année jubilaire en l’honneur du Saint Calice — une relique vénérée comme le vase utilisé lors de la Dernière Cène.
Cette année particulière est placée sous la devise « Calice de l’espérance » et veut offrir aux pèlerins une rencontre renouvelée avec le sacrement de l’Eucharistie, dans le cadre plus large du Jubilé de l’Espérance célébré à Rome jusqu’au 6 janvier de cette année.
Ce jubilé eucharistique, célébré tous les cinq ans en l’honneur de la relique conservée dans la cathédrale Sainte-Marie de Valence, a été accordé dès 2015 par le pape François.
Les fidèles sont invités par l’archevêque de Valence « à comprendre leur pèlerinage extérieur vers la cathédrale comme le reflet d’un retour intérieur au Cénacle — le lieu de la Dernière Cène — où l’Église a reçu pour la première fois l’Eucharistie ». (Homélie pour l’ouverture du jubilé)
Une année enracinée dans l’Eucharistie
Pour le père Álvaro Almenar Picallo, chanoine de la cathédrale et gardien du Saint Calice, cette dimension sacramentelle est d’une importance essentielle.
« Il est très important de souligner que cette année jubilaire nous a été accordée comme une année eucharistique, car la relique du Saint Calice ne peut être séparée de l’institution du sacrement de l’Eucharistie », a-t-il expliqué. Pour cette raison, l’archevêque Benavent a souhaité « que nous mettions particulièrement en lumière, dans la prédication et la catéchèse, l’importance de la messe dominicale ». Une véritable dévotion envers le Saint Calice doit, ajoute-t-il, « conduire à une authentique adoration eucharistique, en voyant dans ce sacrement une nourriture qui nous fortifie ».
L’appel de l’archevêque à un « pèlerinage intérieur » est l’un des thèmes que le gardien de la relique considère comme les plus importants. Un tel pèlerinage invite d’abord les fidèles « à ne pas s’habituer aux années jubilaires », mais à les accueillir comme des temps particuliers de grâce. Il demande aussi « la grâce d’une vie chrétienne authentique et cohérente », où la liturgie et la vie quotidienne se reflètent fidèlement.
Il espère finalement que cette année « favorisera une véritable piété eucharistique qui nous aide à reconnaître le Seigneur dans la fraction du pain et à partager avec espérance ce que nous célébrons — en particulier avec ceux qui sont abandonnés ».
Un cadre culturel pour le jubilé
Parallèlement à cette dimension pastorale, Valence présente aussi le jubilé dans un cadre culturel plus large. La « Route urbaine du Saint Calice », qui relie monastères, palais, églises et institutions historiques liées à la relique, a été renouvelée pour l’occasion.
L’Almudín, ancien grenier médiéval situé au centre-ville, sert désormais de lieu d’accueil pour les pèlerins et abrite une exposition consacrée à l’importance historique et artistique du Calice.
La relique elle-même est une pièce relativement petite et délicate : une coupe en agate rouge foncé, finement polie, d’environ neuf centimètres de hauteur, reposant sur un pied médiéval en or orné de perles, de rubis et d’émeraudes. Comme le calice est conservé derrière une vitre de protection dans une chapelle de la cathédrale, les visiteurs ne peuvent habituellement pas s’en approcher de très près. Une récente numérisation 3D en haute résolution permettra cependant bientôt aux personnes du monde entier d’examiner le calice avec une précision jusqu’ici inégalée.
Histoire, légendes et vénération
Au fur et à mesure que le jubilé se déploie, la question de l’authenticité du Calice refait également surface. Mentionnée dans la tradition arthurienne comme le mystérieux Saint Graal recherché par les chevaliers de la Table ronde, la relique a toujours suscité de nombreuses théories et légendes.
Bien que le Vatican n’en ait pas officiellement reconnu l’authenticité, elle a néanmoins été vénérée au fil des siècles comme une relique importante.
Le père Picallo a précisé la manière dont l’Église comprend cette question :
« Cette concession ne certifie pas que le calice de Valence soit réellement celui qu’a utilisé Jésus-Christ au Cénacle avec ses apôtres », a-t-il déclaré. « Mais elle confère une grande crédibilité à toute la tradition historique qui affirme que le calice de Valence est le même “calice de bénédiction” qui se trouvait sur la table de la Dernière Cène et dans les “mains saintes et vénérables” de Jésus. »
L’histoire transmise du Calice
Selon la tradition, la relique aujourd’hui vénérée comme le Calice de Valence fut transportée de Jérusalem à Rome et utilisée par l’apôtre Pierre ainsi que par les premiers papes.
Au temps des persécutions chrétiennes sous l’empereur romain Valérien, le pape Sixte II confia le calice à son diacre Laurent. Celui-ci l’envoya dans sa région natale près de Huesca. Lors de l’invasion musulmane, il fut caché dans plusieurs monastères des Pyrénées — notamment à San Juan de la Peña, où un document du XIe siècle mentionne un précieux calice de pierre — avant d’entrer plus tard dans le trésor des rois d’Aragon.
En 1437, le roi Alphonse V remit la relique à la cathédrale de Valence, où elle est vénérée depuis lors. Le calice traversa deux périodes d’exil : d’abord lors de l’invasion napoléonienne, lorsqu’il fut transporté à Majorque pour être mis en sécurité, puis durant la guerre civile espagnole, lorsqu’il fut caché dans la ville de Carlet.
À l’époque récente, la relique a reçu une attention particulière lorsque le pape Jean-Paul II célébra la messe avec elle en 1982 lors de sa visite à Valence. Le pape Benoît XVI l’utilisa également en 2006 lors de la Rencontre mondiale des familles.
Les pèlerins qui visitent la cathédrale pendant cette Année sainte — en recevant les sacrements de la confession et de la communion et en priant aux intentions du pape — peuvent obtenir une indulgence plénière.
Symbole du don de soi
Le jubilé conduit les pèlerins à travers un chemin en trois étapes : il commence par la vie liturgique de l’archidiocèse, se poursuit à travers la longue histoire et la tradition du Calice, et conduit finalement au mystère eucharistique qui en constitue le cœur.
L’objectif des organisateurs n’est pas de résoudre définitivement chaque détail historique, mais d’aider les fidèles à entrer plus profondément dans la réalité à laquelle cette relique renvoie en définitive.
En tant que gardien du Calice, le père Picallo a décrit cette mission comme un engagement de longue durée :
« Tous les cinq ans, nous avons la responsabilité de renforcer la dévotion envers le Saint Calice. Celle-ci doit nous conduire à une véritable adoration de l’Eucharistie, qui est un symbole du don de soi », a-t-il déclaré. « Beaucoup de personnes ignorent que nous le possédons ici à Valence. C’est pourquoi il est aussi du devoir et de l’engagement de la société valencienne et des autorités publiques de promouvoir cette référence au Saint Calice — non seulement pour Valence, mais pour toute l’humanité. »
Source : National Catholic Register, par Solène Tadié
Crédit photo :
Photo : Vitold Muratov, Holy Chalice of Valencia, Wikimedia Commons. Licence : Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 (CC BY-SA 3.0).