
Une vie au service de la Mère de Dieu, dans la prière, le sacrifice et l’obéissance cachée
Celui qui visite Fatima, au Portugal, ne sait peut-être pas qu’à environ une heure de route vers le nord, dans la ville historique de Coimbra, se trouve le Carmel où Sœur Lúcia dos Santos, la plus âgée des trois voyants de Fatima, passa les dernières décennies de sa vie.
Après les grands événements de Fatima, elle y mena une vie cachée de carmélite, dans la prière, le silence, le sacrifice et l’obéissance. Le Carmel de Coimbra est ainsi un lieu privilégié pour se souvenir de cette humble religieuse à laquelle la Mère de Dieu avait confié une mission particulière à Fatima.
La petite bergère d’Aljustrel
Lúcia dos Santos naquit le 22 mars 1907 à Aljustrel, un petit village proche de Fatima. Ses parents étaient de simples cultivateurs. Comme ses deux cousins Jacinta et Francisco Marto, Lúcia gardait les moutons.
Dès l’âge de six ans, elle reçut sa Première Communion. Elle pria alors :
« Seigneur, faites de moi une sainte ! Gardez mon cœur toujours pur, car il doit Vous appartenir à Vous seul ! »
Dès 1915, Lúcia eut plusieurs apparitions de l’Ange du Portugal. Puis, en 1917, eurent lieu les grandes apparitions de la Très Sainte Vierge Marie à la Cova da Iria.
Des trois voyants, Lúcia était la plus âgée. Durant les apparitions, c’est elle qui parlait avec la Sainte Vierge et recevait ses paroles.
Après les apparitions de Fatima
Dans les années qui suivirent les apparitions, la renommée de Fatima ne cessa de grandir. La jeune Lúcia fut recherchée par de nombreuses personnes et se trouva bientôt exposée à une grande attention publique.
Afin de la protéger, l’évêque décida de l’éloigner de Fatima. Lúcia fut envoyée au collège des Sœurs de Sainte-Dorothée à Vilar.
Les religieuses remarquèrent bientôt son amour extraordinaire pour la Sainte Vierge et l’intimité particulière de sa relation avec elle. Lúcia se montrait également une religieuse humble et profondément obéissante : elle accomplissait volontiers toutes les tâches qui lui étaient confiées et acceptait même les travaux les plus pénibles sans se plaindre.
La vie religieuse et les nouvelles demandes de la Sainte Vierge
En 1926, Lúcia entra au noviciat des Sœurs de Sainte-Dorothée à Tuy, en Espagne. En 1934, elle prononça ses vœux perpétuels et reçut le nom religieux de Sœur Marie des Douleurs.
Même après les apparitions de Fatima, la Mère de Dieu demeura d’une manière particulière auprès de sa petite voyante. En 1925 et 1926, elle apparut à Lúcia à Pontevedra et lui demanda de faire connaître la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois.
En 1929, Lúcia eut à Tuy une autre apparition particulièrement importante. Elle vit la Très Sainte Trinité et reçut de nouveau une demande de la Sainte Vierge concernant la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé, qui devait être accomplie par les évêques en union avec le Pape.
Lúcia dut également faire l’expérience de l’incompréhension, de la réserve et de certaines résistances. Elle demeura cependant fidèle à sa mission et remit humblement toute chose entre les mains de la Providence divine.
Le chemin caché au Carmel de Coimbra
Après avoir obtenu une autorisation spéciale du Saint-Père, Lúcia entra en 1948 au Carmel de Saint-Joseph et de Sainte-Thérèse à Coimbra, au Portugal. Elle devait y demeurer jusqu’à sa mort.
En mai 1949, elle prononça ses vœux solennels et reçut le nom de Sœur Marie de Jésus et du Cœur Immaculé.
Commença alors pour elle une vie encore plus cachée. Loin de la curiosité des hommes, elle vécut dans le silence du Carmel, consacrée à la prière, à la contemplation, à la pénitence et au sacrifice.
Chaque jour, elle priait le Rosaire. Son amour pour ses deux cousins demeurait toujours vivant. La prieure la trouvait parfois dans les couloirs du monastère, comme si, avec une douce familiarité, elle « réprimandait » les petits bergers, parce qu’ils l’avaient précédée au Ciel et l’avaient laissée seule.
Le retour vers le Père
Le 13 février 2005, à l’âge de 97 ans, Sœur Lúcia fut rappelée à Dieu.
Elle fut inhumée au Carmel de Coimbra. À cette époque, ses deux cousins Jacinta et Francisco Marto avaient déjà été béatifiés et furent ensuite canonisés.
La cause de béatification de Sœur Lúcia fut également ouverte. Le 13 février 2008, trois ans après sa mort, la période d’attente habituelle de cinq ans fut levée. L’enquête diocésaine fut achevée et transmise à Rome en 2017.
L’étape suivante est la reconnaissance de l’héroïcité de ses vertus par le Saint-Siège. Pour sa béatification, la reconnaissance canonique d’un miracle sera ensuite nécessaire.
Les écrits de Sœur Lúcia
La Sainte Vierge avait demandé à la petite Lúcia d’apprendre à lire et à écrire. Cette capacité allait se révéler d’une grande importance pour la mission qui lui avait été confiée.
En 1925, l’évêque lui demanda de mettre par écrit ses souvenirs concernant Jacinta. C’est ainsi que naquit le premier de ses Mémoires. Au total, Sœur Lúcia rédigea six mémoires. Les quatre premiers furent écrits entre 1935 et 1941, les deux derniers en 1989 et 1993.
Elle écrivit également le livre Appels du message de Fatima, dans lequel elle expliqua plus profondément la portée spirituelle du message de Fatima.
Sœur Lúcia écrivit aussi de nombreuses lettres à ceux qui l’interrogeaient sur les événements de Fatima. Quant au Troisième Secret de Fatima, elle n’en parla que dans les limites de ce qu’elle avait confié à l’autorité de l’Église.
Elle rencontra à plusieurs reprises le pape Jean-Paul II et s’entretint avec lui au sujet du message et des secrets de Fatima.
Le message de Fatima
Jusqu’à la fin de sa vie, Sœur Lúcia ne cessa de transmettre le message qu’elle avait reçu de la Sainte Vierge.
Elle résuma un jour l’appel de Fatima en quelques mots simples :
« Il y a deux moyens de sauver le monde : la prière et le sacrifice. Ensuite, le Saint Rosaire. Enfin, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. »
Au cœur de ce message se trouvent la conversion des pécheurs et le retour des âmes à Dieu.
Sœur Lúcia le soulignait sans cesse :
« La conversion des pécheurs et le retour des âmes à Dieu : cette pensée a été répétée dans toutes les apparitions. C’est pourquoi je la considère comme l’essence du message. »
Lorsqu’on lui demanda ce qu’il fallait entendre par « sacrifice », elle répondit :
« Par sacrifice, la Sainte Vierge entendait l’accomplissement fidèle des devoirs quotidiens de chacun selon son état de vie. »
Cela nous montre que le sacrifice demandé par Marie ne consiste pas d’abord en des pratiques extraordinaires de pénitence, mais dans l’accomplissement fidèle et aimant de nos devoirs quotidiens, par amour de Dieu et pour la conversion des pécheurs.
La puissance du Saint Rosaire
Au sujet du Rosaire, Sœur Lúcia disait :
« La Très Sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une nouvelle efficacité à la récitation du Rosaire. De telle sorte qu’il n’existe aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, qui concerne la vie personnelle de chacun de nous, nos familles, les familles du monde ou les communautés religieuses, ou encore la vie des peuples et des nations, aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du Saint Rosaire. »
Et elle ajoutait :
« Avec le Saint Rosaire, nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et nous obtiendrons le salut de nombreuses âmes. »
Ces paroles nous rappellent que, pour Sœur Lúcia, le Rosaire n’a jamais été une simple habitude de piété. Il était un chemin vers le Christ, par le Cœur Immaculé de sa Très Sainte Mère.
La dévotion au Cœur Immaculé de Marie confiée à Sœur Lúcia
Le 10 décembre 1925, la Sainte Vierge apparut à Sœur Lúcia à Pontevedra et lui expliqua la dévotion qu’elle désirait voir rendue à son Cœur Immaculé. Elle lui demanda également de la faire connaître et de la répandre.
Marie lui dit :
« Toi, du moins, cherche à me consoler et annonce à tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la Sainte Communion, réciteront le Rosaire et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, dans un esprit de réparation, que je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires au salut de leur âme. »
La dévotion réparatrice des cinq premiers samedis fait ainsi partie des demandes particulières confiées par la Sainte Vierge à Sœur Lúcia.
Une vie pour le salut des âmes
La vie de Sœur Lúcia nous montre une chose que l’on pourrait facilement oublier : après les événements extraordinaires de Fatima, sa véritable mission ne consistait pas à rester au centre de l’attention.
Bien au contraire.
Elle se retira toujours davantage du monde. De petite bergère d’Aljustrel, elle devint une religieuse qui consacra sa vie à Dieu dans le silence d’un monastère. Son chemin fut celui de la prière, du sacrifice, de la pénitence, de l’obéissance et de l’amour de l’Église.
Elle avait vu la Mère de Dieu et reçu son message. Mais elle savait que ce message ne lui appartenait pas. Elle devait le transmettre fidèlement, puis s’effacer toujours davantage.
Ainsi, toute sa vie devint une réponse à l’appel de Marie :
Priez, faites des sacrifices, faites pénitence et travaillez à la conversion des pécheurs.
Prière pour la béatification de Sœur Lúcia
Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je Vous adore profondément et je Vous remercie pour les apparitions de la Très Sainte Vierge Marie à Fatima, par lesquelles Vous avez manifesté au monde les richesses de son Cœur Immaculé.
Par les mérites infinis du Sacré-Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, je Vous demande, si cela est pour Votre plus grande gloire et pour le salut de nos âmes, de daigner glorifier devant la Sainte Église Sœur Lúcia, la petite bergère de Fatima, et de nous accorder, par son intercession, la grâce que nous Vous demandons avec confiance.
Amen.
Notre Père. Je vous salue, Marie. Gloire au Père.
Sœur Lúcia, priez pour nous !
O Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !