
Dans son encyclique sur l’espérance, « Spe Salvi », le pape Benoît XVI écrit au sujet de sainte Joséphine Bakhita, qui trouva la véritable espérance : « non plus simplement la modeste espérance de trouver des maîtres moins cruels, mais la grande espérance de rencontrer Celui qui est le Dieu vivant ». Tournons donc notre regard vers l’espérance de tous les saints, et ici plus particulièrement vers celle de saint Padre Pio.
L’espérance que l’Église nous présente est l’espérance de tous les saints : du bienheureux François d’Assise, qui rêvait d’être le héraut de ce grand Roi, jusqu’à Padre Pio qui, dans une rédaction scolaire, rêvait d’être un bon roi afin de pouvoir répandre la justice et la paix. Plus tard, devenu capucin, il aspirait à réaliser le plus tôt possible cette rencontre avec le Père céleste, afin d’être uni à Lui pour toute l’éternité.
L’espérance en la miséricorde de Dieu
Le Père Innocenzo Cinicola, qui fut pendant de nombreuses années aumônier d’hôpital, se souvient que Padre Pio exhortait sans cesse les personnes à s’abandonner à la miséricorde de Dieu. Le Père Eusebio se rappelle deux paroles que Padre Pio répétait souvent : « Nous devons mettre notre espérance dans la miséricorde de Dieu » et « Espérons en la bonté du Seigneur ».
Pour comprendre ce lien entre « espérance et miséricorde », il faut comprendre la manière de penser de Padre Pio. Dans sa relation vivante avec Dieu, il soulignait sans cesse le profond contraste : d’un côté, la grandeur et la magnanimité de Dieu, qui s’abaisse jusqu’à l’homme et l’accueille comme un fils ; de l’autre, la pauvreté et les limites de l’homme – cette pauvreté si souvent dénoncée dans les luttes sociales du XXe siècle.
Le progrès
Durant la vie de Padre Pio et autour de lui, de nombreuses solutions furent proposées pour surmonter cette pauvreté. On croyait que le mythe du progrès, la science et la technique pouvaient tout résoudre et créer une société libérée de toutes les inégalités économiques et sociales. Ainsi naquirent mille et une espérances, certainement aussi légitimes, qui produisirent de grands résultats. Mais, en même temps, l’espérance fut poussée toujours plus loin, car, pour réaliser ces utopies, tous les moyens semblaient permis – y compris la malhonnêteté et la violence.
Sans Dieu
Ainsi, l’espérance fut progressivement réduite à de simples programmes terrestres, à des modèles économiques et politiques. Tout ce qui n’était pas compatible avec eux fut exclu – et surtout Dieu. On affirma même explicitement que Dieu devait être exclu, parce qu’Il était considéré comme inutile et même nuisible à ces conceptions éclairées.
Les nouveaux dirigeants du monde poursuivirent leurs projets avec zèle, mais les hommes se sentirent trahis, laissés en arrière et abandonnés.
Pendant ce temps, Padre Pio, pauvre et simple religieux sur le Gargano, continuait à enseigner que Dieu seul peut remplir ce vide et cette pauvreté.
Padre Pio, rempli de la sagesse de saint Paul, son maître spirituel, continuait à annoncer le mystère d’un Dieu qui a quitté sa place privilégiée pour prendre sur Lui notre pauvreté. Ce fut un acte de miséricorde, et non un abaissement accompli par simple plaisir. Ce fut au contraire un abaissement dans la pauvreté de l’homme, une prise sur Lui de notre misère, afin de nous enrichir.
Ainsi, l’espérance devint un chemin de salut : elle ouvrit nos yeux à une réalité nouvelle, à un monde dans lequel Dieu, qui avait été exclu, est au contraire la véritable richesse et rend l’homme capable de vivre pleinement sa vie dans l’histoire.
Une espérance qui n’éloigne pas l’homme de la vie et ne l’en sépare pas, comme le croient les nouveaux dirigeants, mais qui est un chemin vers la reconnaissance d’une présence et d’une force véritablement surnaturelles qui remplissent notre monde.
La puissante intercession de Padre Pio
Pour Padre Pio, cela signifiait une confiance sans limites dans la grâce et dans la Providence de Dieu. C’est pourquoi ses prières d’intercession pouvaient obtenir, par la miséricorde de Dieu, une aide extraordinaire et particulière, surtout dans les épreuves difficiles.
L’espérance chrétienne était pour lui une vertu qui ne concernait pas seulement la rencontre définitive avec Dieu, mais aussi la certitude de la présence de Dieu dans la vie quotidienne : la certitude qu’Il est toujours là et qu’Il n’abandonnera jamais personne.
Espérance ou illusion ?
Y a-t-il une différence entre l’espérance et l’illusion ? Oui, certainement. Les exemples auxquels nous avons fait référence plus haut le montrent clairement.
C’est une illusion d’espérer pouvoir sauver le monde sans Dieu. C’est une illusion d’espérer pouvoir sauver l’Église sans Dieu, et également de pouvoir nous sauver nous-mêmes sans Lui.
Padre Pio s’exprima très clairement à ce sujet dans une lettre au Père Agostino : « C’est un ennemi qui assaille ceux qui se sont consacrés au Seigneur et ont embrassé la vie spirituelle » (Lettres I).
Nous pouvons employer ici le terme de « vaine gloire » ou de « vanité » : cette attitude qui nous fait croire que nous avons déjà atteint notre fin dernière et qui, dans notre assurance, nous persuade que nous n’avons plus besoin de rien ni de personne.
Padre Pio décrit ainsi cette attitude dans sa lettre : par la prière et la pénitence, nous nous séparons du monde et nous nous approchons de Dieu. Mais si nous mettons davantage notre confiance en nous-mêmes qu’en la grâce, qui est l’unique moyen du salut, nous finissons comme Narcisse, dans la contemplation de nous-mêmes.
Comment pouvons-nous donc vivre dans l’espérance sans que celle-ci devienne une illusion ?
Ici encore, Padre Pio revient à son maître, saint Paul. Il nous rappelle que nous ne devons jamais oublier que notre véritable patrie n’est pas dans ce monde, mais dans le monde à venir. Le cœur du chrétien doit toujours être tourné vers le Ciel, car c’est seulement au Ciel que nous trouverons le bonheur parfait et plénier en Dieu.
À la lumière de cela, le désir de mourir de Padre Pio devient lui aussi plus compréhensible – un thème qui revient si souvent dans sa vie spirituelle. Ce désir n’était pas un désir de fuir la vie, mais plutôt de donner à la vie sa juste orientation et de la diriger de toutes ses forces vers la rencontre parfaite et définitive avec le Seigneur Jésus.
Ouvrir notre cœur à l’espérance
À la lumière de tout cela, considérons encore une fois la sévérité de Padre Pio lorsqu’il entendait les confessions.
La sévérité avec laquelle il accueillait les pécheurs choqua beaucoup de personnes. Avec le temps – et pour moi aussi –, on commença à comprendre cette attitude à la lumière de sa pédagogie, de son langage et des méthodes de son époque. Mais il ne faut pas exagérer cette explication en cherchant simplement à rendre sa manière d’agir moins choquante. On risquerait ainsi de trahir sa pensée et sa mission.
Lorsqu’il renvoyait des pénitents deux ou trois fois sans leur donner l’absolution et qu’il leur adressait parfois des paroles tranchantes, il voulait réellement et véritablement secouer les âmes de la torpeur dans laquelle elles étaient tombées. Il voulait les pousser à s’ouvrir à la miséricorde de Dieu et à espérer en Son salut – une espérance qui n’avait rien d’abstrait, mais qui était concrète et profonde, liée à une conscience claire de la pauvreté qui naît lorsque le Seigneur est exclu de sa propre vie.
Aller à la recherche de la brebis perdue signifie se tenir auprès de ceux qui souffrent et leur montrer comment Dieu peut donner Sa lumière à cette souffrance et faire naître l’espérance.
Padre Pio a consacré sa vie à ouvrir les pécheurs à l’espérance.
L’éthique de l’espérance
Il ne fait aucun doute que le progrès ouvre de nouvelles possibilités pour le bien. Mais il ouvre aussi d’effrayantes possibilités pour le mal – des possibilités qui, auparavant, n’existaient pas sous cette forme.
Nous avons tous fait l’expérience de la manière dont le progrès, entre de mauvaises mains, peut devenir, et est effectivement devenu, un progrès effrayant dans le mal.
Si le progrès technique n’est pas accompagné d’un progrès correspondant dans la formation éthique de l’homme, dans la croissance de l’homme intérieur (cf. Ep 3,16 ; 2 Co 4,16), alors ce n’est pas un progrès, mais une menace pour l’homme et pour le monde. (Spe Salvi, n° 22).
Source : Fra Luciano Lotti, « Padre Pio et le chemin de l’espérance ».