
À l’occasion de la fête de Notre-Dame du Rosaire, célébrée le 7 octobre, nous sommes invités à reprendre le rosaire entre nos mains et à confier à la Sainte Vierge ce que nous portons parfois avec peine : une maladie, une inquiétude familiale, un enfant éloigné de la foi, une décision difficile, une épreuve dont nous ne voyons pas l’issue. Le Rosaire nous apprend précisément cette confiance : présenter nos besoins à Marie, tout en demeurant avec elle auprès de Jésus.
Peu de saints ont vécu cette confiance avec autant de simplicité que Padre Pio. Son attachement à la Sainte Vierge n’avait rien d’occasionnel. Marie était présente dans sa prière quotidienne, dans son ministère auprès des âmes et jusque dans les heures les plus éprouvantes de sa vie. Une histoire survenue en 1959, quelques années avant sa mort, en donne une illustration particulièrement touchante. Ce jour-là, Notre-Dame de Fatima arriva à San Giovanni Rotondo d’une manière pour le moins inattendue : en hélicoptère. Et Padre Pio, gravement malade depuis plusieurs mois, allait lui adresser une demande digne d’un fils parlant à sa mère.
Depuis plusieurs mois, Padre Pio était malade
Au printemps 1959, la santé de Padre Pio s’était considérablement détériorée. Depuis le 5 mai, il souffrait d’une pleurésie qui l’avait laissé très affaibli et avait fortement limité son activité. Lui qui avait l’habitude de longues journées consacrées à la messe, aux confessions, à la prière et à l’accueil des fidèles se trouvait désormais presque réduit à l’impuissance. Le portail officiel de la Fondation Voce di Padre Pio rapporte que cette maladie dura plusieurs mois.
Cette épreuve n’avait rien d’exceptionnel dans une existence déjà marquée par la souffrance physique. Padre Pio connaissait depuis longtemps la maladie, la fatigue et les douleurs. Il avait accompagné d’innombrables malades et prié pour eux ; il avait vu certains obtenir les grâces qu’ils demandaient, tandis que d’autres devaient apprendre à porter leur croix plus longtemps. En 1959, il se trouvait à son tour dans cette position si humaine : celle de celui qui demande, qui attend et qui ne sait pas encore ce que Dieu lui accordera.
Une visite très attendue à San Giovanni Rotondo
Au même moment, une statue pèlerine de Notre-Dame de Fatima parcourait l’Italie dans le cadre d’une Peregrinatio Mariae. L’initiative permettait aux fidèles qui ne pouvaient se rendre au sanctuaire portugais de venir prier devant une représentation de cette Vierge dont le message, depuis les apparitions de 1917, avait profondément marqué la spiritualité catholique du XXe siècle.
Padre Pio était particulièrement sensible au message de Fatima. L’appel à la prière, à la conversion, à la pénitence et à l’intercession pour les pécheurs rejoignait profondément sa propre vocation. Une grande partie de son existence avait été consacrée précisément à cela : demander la miséricorde de Dieu pour les âmes et conduire les personnes qui venaient à lui vers une vie chrétienne plus fervente.
La visite de la statue à San Giovanni Rotondo ne pouvait donc lui être indifférente.
La Vierge arriva… en hélicoptère
Le 5 août 1959, la statue pèlerine fut transportée à San Giovanni Rotondo par hélicoptère. L’image peut aujourd’hui nous sembler presque insolite : une statue de Notre-Dame de Fatima traversant le ciel du Gargano avant d’arriver auprès du couvent des Capucins où vivait Padre Pio.
L’appareil survola le couvent avant le départ de la statue. Padre Pio, toujours malade, pouvait difficilement participer comme il l’aurait souhaité à cet événement. Mais il savait que cette image de la Vierge qu’il aimait tant était là, à quelques mètres de lui, et qu’elle allait bientôt repartir.
C’est alors que survint cette scène qui, plus de soixante ans après, garde quelque chose de profondément émouvant.
« Ma Mère, n’avez-vous donc rien pour moi ? »
Padre Pio s’adressa à la Sainte Vierge avec une liberté qui pourrait presque surprendre si l’on ne connaissait pas la profondeur de sa dévotion mariale.
Selon le récit conservé par la Fondation Voce di Padre Pio, il lui dit :
« Ma chère Mère, depuis que vous êtes arrivée en Italie, cette maladie m’a réduit à l’impuissance ; et maintenant que vous partez, n’avez-vous donc rien à me donner ? »
Il y a dans cette demande quelque chose d’extraordinairement simple.
Padre Pio ne prononce pas un long discours. Il ne cherche pas des mots compliqués. Il ne présente pas à Dieu la liste de ses mérites ni toutes les œuvres qu’il a accomplies. Il parle à Marie comme un enfant pourrait parler à sa mère avant de la voir partir : Vous étiez là, vous saviez que j’étais malade… allez-vous vraiment repartir ainsi ?
C’est presque une plainte affectueuse.
Et peut-être est-ce précisément cette familiarité qui nous touche autant. Elle ne vient pas d’un manque de respect, mais d’une relation nourrie pendant toute une vie. On ne parle ainsi qu’à quelqu’un dont on est profondément sûr de l’amour.
« Je suis guéri ! »
Selon le même récit, la réponse fut immédiate.
Padre Pio sentit soudainement une force nouvelle envahir son corps. Il se tourna alors vers les frères présents et s’exclama :
« Je suis guéri ! »
Le portail officiel rapporte qu’il considéra lui-même cet événement comme une grâce reçue de Notre-Dame de Fatima. Peu après, lorsqu’un journal de Foggia demanda pourquoi la statue pèlerine avait été conduite jusqu’à San Giovanni Rotondo plutôt qu’au célèbre sanctuaire de saint Michel Archange, situé lui aussi dans le Gargano, un frère fit part de cette remarque à Padre Pio.
Sa réponse fut d’une simplicité désarmante : « Notre-Dame est venue ici parce qu’elle voulait guérir Padre Pio. »
Une phrase presque enfantine encore une fois, mais qui correspond parfaitement à sa manière de vivre sa relation avec Marie.
Bien davantage qu’une histoire de guérison
Il serait pourtant dommage de ne retenir de cet épisode que son aspect extraordinaire.
Nous pouvons facilement être fascinés par la guérison : une maladie qui durait depuis plusieurs mois, la statue de Fatima qui arrive, une prière adressée à Marie, puis Padre Pio qui affirme immédiatement être guéri. Le récit possède tous les éléments capables de frapper l’imagination.
Mais l’essentiel se trouve peut-être ailleurs.
Ce qui distingue la confiance de Padre Pio d’une simple recherche de guérison, c’est qu’il n’avait pas attendu d’être malade pour se tourner vers la Sainte Vierge. Il vivait déjà avec elle. Son Rosaire l’accompagnait constamment. Il lui confiait son ministère, ses fils spirituels, les pécheurs, les malades et ses propres souffrances.
La demande du 5 août ne naît donc pas d’une relation improvisée au moment de l’épreuve. Elle jaillit d’une familiarité ancienne.
Et cela change tout.
Demander une grâce ou vivre dans la confiance
Nous connaissons tous la tentation de nous souvenir de Dieu principalement lorsque quelque chose va mal. Tant que la vie suit son cours, la prière devient parfois secondaire ; puis survient une maladie, une inquiétude familiale, un problème professionnel, et nous retrouvons soudain le chemin de l’église ou du chapelet.
Dieu accueille aussi cette prière. Il n’attend pas de nous que notre foi soit parfaite avant de nous écouter.
Mais Padre Pio nous montre un chemin plus profond : ne pas seulement demander à Marie son aide lorsque nous souffrons, mais apprendre à vivre avec elle chaque jour.
Alors, lorsque l’épreuve arrive, la prière n’est plus un geste désespéré adressé à une inconnue. Elle devient la parole d’un enfant qui retrouve sa mère.
C’est probablement ainsi qu’il faut comprendre sa demande ce jour-là. Padre Pio ne revendique rien. Il demande avec audace parce qu’il aime avec confiance.
Cette histoire doit cependant être racontée avec délicatesse, particulièrement à ceux qui prient depuis longtemps pour une guérison qui ne vient pas.
La foi chrétienne n’enseigne pas que toute prière adressée avec suffisamment de ferveur entraîne nécessairement la disparition de la maladie. Padre Pio lui-même connut de nombreuses souffrances qui ne furent pas retirées. Il passa une grande partie de son existence à porter des douleurs physiques et spirituelles, et il accompagna quantité de personnes dont la croix ne disparut pas malgré leurs prières.
La confiance filiale n’est donc pas une technique pour obtenir ce que l’on désire.
Elle consiste à croire que Marie demeure notre Mère lorsque nous recevons la grâce demandée, mais aussi lorsqu’il faut attendre ; lorsqu’une porte s’ouvre, mais également lorsqu’elle reste fermée ; lorsque nous comprenons, mais aussi lorsque nous devons continuer à avancer sans réponse.
Padre Pio fut guéri ce jour-là. Mais la leçon qu’il nous laisse va au-delà de sa guérison : il savait demander sans cesser de s’abandonner à Dieu.
Le Rosaire nous apprend cette confiance
C’est pourquoi cette histoire prend un relief particulier lorsqu’on la relit à l’occasion de la fête de Notre-Dame du Rosaire.
Le Rosaire est précisément une école de confiance. Dizaine après dizaine, nous confions nos besoins à Marie tout en contemplant avec elle la vie de Jésus. Nous passons par la joie de Bethléem, l’annonce du Royaume, la douleur du Calvaire et la lumière de la Résurrection. Peu à peu, notre prière cesse d’être uniquement centrée sur ce que nous voulons obtenir et apprend à regarder notre propre vie à la lumière du Christ.
Nous pouvons naturellement demander une guérison. Nous pouvons demander la conversion d’un enfant, la paix dans une famille, une solution à une difficulté ou une grâce que nous attendons depuis longtemps.
Mais le Rosaire nous apprend aussi cette autre prière, peut-être plus difficile : Marie, si les choses ne se passent pas comme je l’espère, restez avec moi et conduisez-moi quand même vers Jésus.
C’est une confiance moins spectaculaire, mais souvent plus profonde.
En cette fête, nous pouvons donc faire ce que Padre Pio faisait lui-même : parler à Marie avec simplicité.
Il n’est pas nécessaire d’employer des formules savantes. Prenons notre chapelet et nommons devant elle ce qui nous préoccupe réellement. Une personne malade. Un couple en difficulté. Un fils ou une fille qui s’est éloigné de Dieu. Une inquiétude financière. Un deuil. Une solitude. Une peur dont nous parlons rarement. Une faute dont nous avons besoin d’être délivrés.
Et demandons.
Demandons avec confiance, sans avoir honte d’espérer une grâce très concrète. Le christianisme n’interdit pas de demander des miracles. Padre Pio lui-même en demanda un pour lui ce jour-là.
Mais ajoutons peut-être cette demande aux autres : « Sainte Vierge, apprenez-moi aussi à rester votre enfant si la réponse de Dieu n’est pas celle que j’attends. »
Alors notre prière commence à ressembler davantage à celle des saints.
Derrière le saint extraordinaire, un fils devant sa Mère
C’est peut-être finalement l’image la plus belle à conserver de cette histoire.
Nous avons l’habitude de penser à Padre Pio entouré de foules, portant les stigmates, passant des heures au confessionnal ou célébrant la messe dans un recueillement impressionnant. Mais le 5 août 1959, nous découvrons quelque chose de plus intime.
Un homme malade regarde partir une statue de la Sainte Vierge.
Et presque spontanément, il lui demande : Et moi, ma Mère ? N’avez-vous rien pour moi ?
Puis vient cette exclamation : « Je suis guéri ! »
Tout Padre Pio apparaît peut-être dans cet instant : le mystique, certes, mais surtout le fils.
À l’occasion de Notre-Dame du Rosaire, demandons la même simplicité. Prenons notre chapelet, présentons à Marie ce que nous portons réellement, puis remettons entre ses mains ce qui nous dépasse.
Nous ne savons pas toujours de quelle manière viendra la grâce. Mais nous savons où Marie veut nous conduire.
Toujours vers son Fils.
Notre-Dame du Rosaire, gardez-nous près de Jésus, veillez sur ceux que nous vous confions et apprenez-nous cette confiance filiale que Padre Pio avait placée en vous.
Source : https://www.padrepio.it/our-lady-of-fatima-and-padre-pio/
Cette histoire est rapportée par le portail officiel de la Fondation Voce di Padre Pio.