
L’estime du pape et des évêques
Lorsque le concile Vatican II s’ouvrit en 1962, de nombreux Pères conciliaires venus du monde entier profitèrent de leur long séjour à Rome pour rendre visite au Padre Pio, à San Giovanni Rotondo. Mary Pyle plaisantait même en disant que le véritable concile se tenait en réalité à San Giovanni.
Karol Wojtyła
Le 18 novembre 1962, le Padre Pio reçut une lettre du cardinal polonais Karol Wojtyła. Celui-ci lui demandait de prier pour une femme atteinte d’un cancer en phase terminale. La réaction du Padre Pio fut immédiate : « Il m’est impossible de ne pas répondre à cette lettre. » Dès le lendemain, les médecins qui devaient opérer la malade ne trouvèrent plus aucune trace de la maladie. Le 29 novembre, Wojtyła adressa au Padre Pio une lettre de remerciement.
Élu pape en 1978 sous le nom de Jean-Paul II, il ne cacha jamais sa vénération pour le Padre Pio. Il se rendit à deux reprises à San Giovanni Rotondo.
D’autres hautes personnalités de l’Église témoignèrent également de leur estime pour le capucin. Après sa visite au Padre Pio, Mgr Carta, évêque de Foggia, répétait avec insistance : « Il conduit à Dieu. Le Padre Pio conduit à Dieu. »
Le cardinal Lercaro, l’une des figures marquantes du renouveau liturgique et auteur de nombreux ouvrages sur la prière, lui rendit lui aussi visite. Il évoquait ainsi sa première rencontre, plusieurs années auparavant :
« Je me souviens de ma première visite, il y a bien des années. Je le trouvai dans le chœur de la petite chapelle Notre-Dame des Grâces, à l’endroit où il avait coutume de prier. J’étais heureux, même si je dus attendre avant de pouvoir lui parler. Naturellement, je ne voulais pas le déranger dans son entretien avec Dieu. C’était précisément là qu’on pouvait le trouver : en prière.
Sa messe matinale, célébrée devant une foule nombreuse, et sa prière silencieuse dans le chœur désert étaient les racines de sa force surnaturelle. C’est de là que ses paroles tiraient leur puissance. Elles étaient parfois sévères et directes, mais aussi convaincantes et capables d’apporter la consolation. »
Cardinal Ursi – mystère de la Croix
Le cardinal Ursi, qui se rendit à plusieurs reprises de Naples à San Giovanni Rotondo, porta sur la vie du Padre Pio un regard particulièrement profond :
« Toute sa vie, le Padre Pio a vécu le mystère de la Croix. Il était un homme qui souffrait avec le Christ, crucifié avec Lui. À l’exemple de Jésus, il acceptait dans l’obéissance à Dieu toutes les formes d’humiliation, d’incompréhension et de trahison.
Ses souffrances ne venaient pas seulement des hommes. Les démons lui infligeaient eux aussi de terribles tourments spirituels et physiques. Du matin au soir, il recevait également le poids du désordre, de la misère et du désespoir engendrés par le péché. Tout cela lui était apporté par les innombrables pénitents qui se pressaient autour de son confessionnal.
La vie du Padre Pio fut une offrande ininterrompue. Pendant de longues années, il vécut au sein de cette petite communauté religieuse. Il ne voyageait pas, ne prêchait pas et ne participait à aucune cérémonie religieuse en dehors de la messe. Ses journées se déroulaient dans une monotonie presque constante, rythmées par les longues heures passées au confessionnal, où il devait faire face aux exigences de la foule. L’enthousiasme parfois incontrôlé de celle-ci le blessait profondément, comme on pouvait le lire sur son visage.
Son apostolat consistait dans le silence habité par Dieu et dans l’offrande de lui-même au confessionnal. Son témoignage silencieux et puissant constitue un avertissement sérieux pour ceux qui pensent que l’apostolat repose avant tout sur l’activisme, l’organisation, la diffusion de documents ou l’emploi de moyens techniques. Ils sous-estiment ainsi la valeur de la vie intérieure, de la prière, de l’humilité, de l’obéissance et du sacrifice.
Les paroles, l’organisation et les moyens matériels sont certes utiles. Mais l’essentiel demeure un témoignage qui jaillit de la présence vivifiante de l’Esprit de Dieu dans l’âme. »
Paul VI
Le cardinal Montini, qui devint le pape Paul VI, ne dissimulait pas non plus son estime pour le Padre Pio. Peu après son élection au pontificat, il envoya un administrateur apostolique à San Giovanni Rotondo avec une mission précise : « Libérez le Padre Pio de toutes les interdictions qui lui ont été imposées. Facilitez-lui son travail afin qu’il puisse accomplir son apostolat. »
Les restrictions, qui avaient duré trois ans et demi, prirent ainsi fin. Cette période mit également un terme à cette succession de rumeurs et de soupçons qui avait si longtemps entouré le Padre Pio. Face à ces épreuves, il n’avait opposé aucune arme humaine. Ses seules armes avaient été l’obéissance, la patience et l’offrande de ses souffrances.
Les dernières années
À partir de 1963, une atmosphère de plus en plus sombre enveloppa le Padre Pio. « Je n’en peux plus », soupirait-il toujours plus souvent. Son fidèle ami, le père Agostino, lui avait été enlevé. Et le démon reprit ses attaques avec une nouvelle violence, qui devait se poursuivre jusqu’à la mort du saint capucin.
Le Padre Pio en venait à éprouver de la peur. Ses forces semblaient l’abandonner et, cloué au lit, il se sentait livré aux tourments des esprits mauvais. Alertés par le bruit, des frères le trouvèrent parfois projeté à terre. « Mon fils, reste donc ici, car “ils” ne me laissent pas une seconde de répit. »
La Sainte Vierge
Une autre fois, il fut retrouvé étendu sur le sol, couvert de sang et le visage blessé. Pourtant, le coussin de son fauteuil se trouvait sous sa tête. Un frère, étonné, lui demanda comment il avait pu arriver là. Le Padre Pio murmura simplement : « La Madone. »
Mais d’autres épreuves encore vinrent le faire souffrir dans les années qui suivirent le concile Vatican II. Le Padre Pio affirmait son obéissance au concile, convaincu que, malgré les faiblesses humaines qui avaient pu marquer son déroulement, celui-ci avait été guidé par le Saint-Esprit.
Les dérives après le Concile
Cependant, il constatait avec une profonde tristesse que certains interprétaient les décisions du concile selon leurs propres idées et n’en retenaient que ce qui leur convenait. Cette attitude les entraînait sur un chemin qui pouvait conduire à l’incrédulité et au rejet des vérités essentielles de la Révélation divine.
Or, ce qui nourrissait toute la vie du Padre Pio était précisément ce que certains abandonnaient délibérément, parfois même avec empressement : la proximité du Dieu fait homme ressuscité, le sacrifice du Christ sur la Croix, la réalité du péché, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, la fidélité à Marie et l’obéissance.
Sœur Pia
À sa grande consternation, sa propre sœur se présenta un jour devant lui à l’improviste. Elle avait quitté son couvent, estimant que la sécularisation y était allée trop loin. Le Padre Pio lui répondit avec sévérité : « Ils ont effectivement tort. Pourtant, tu dois obéir. »
Avait-il pleinement mesuré jusqu’où pouvaient aller certains supérieurs qui, ayant perdu leurs repères spirituels, conduisaient des religieux fidèles à l’Église catholique à de profondes détresses de conscience, précisément au nom de l’obéissance ? Eux-mêmes méprisaient pourtant cette exigence dès qu’elle contrariait leurs conceptions modernes.
Quoi qu’il en soit, le Padre Pio mit fin à la conversation avec sa sœur. Ils ne devaient plus jamais se revoir.
Sœur Pia resta fidèle à sa vocation religieuse et rejoignit une autre congrégation. Elle ne revint à San Giovanni Rotondo qu’à l’occasion des funérailles de son frère.
Saint Padre Pio, priez pour nous, priez pour l’Église !
Marie, Reine du Saint Rosaire, priez pour nous, priez pour l’Église !